Le poids des vélos (2ème partie)

Le poids des vélos (2ème partie)

Dans la première partie, nous avons vu que depuis plus d’un siècle les vélos s’étaient considérablement allégés. Cette quête du vélo léger a été illustrée par la citation de quelques exemples de vélos de coureurs illustres. Et, devant les évolutions incessantes que permettent les matériaux modernes, l’UCI a fixé un poids minimum.

Les vélos des coureurs professionnels en 2011

Sur le dernier Tour de France, on a vu que le poids des vélos des coureurs engagés était globalement très voisin de celui observé sur la même épreuve en 2010. Limite de 6.8 kg oblige ! Beaucoup de coureurs bénéficient dorénavant d’un pédalier SRM (capteur de puissance cycliste), ce qui permet à des vélos inférieurs à la limite UCI de passer au-dessus ! Bref, les choses étant ce qu’elles sont à  ce jour, tous les vélos des pros ont tendance à s’approcher du poids réglementaire, et parfois à ne se situer qu’à quelques grammes au-dessus.

Par exemple, le vélo de Thomas VOECKLER pesait 6.935 kg, celui de Cadel EVANS 7.23 kg, celui d’Andy SCHLECK 6.8 kg. Parmi les coureurs bénéficiant d’une machine pesant pile 6.8 kg, j’ai relevé John GADRET, Samuel SANCHEZ, Damiano CUNEGO, David MILLAR, Levi LEIPHEIMER. Et pourtant, chacun d’eux roule sur des vélos de marque différente. A l’inverse, Arnold JEANNESSON utilisait un vélo pesant 7.435 kg.

Alors, comment font les mécanos des pros pour « rentrer dans les clous », alors que les cadres et les roues sont de plus en plus légers ? En effet, on rencontre dans le matériel des coursiers des cadres (sans fourche, ni tube de selle, etc…) inférieurs à 850 grammes, et des paires de roues avoisinant les 1100 grammes (sans cassette, ni blocage rapide).

Dans ces conditions, il faut réaliser de petits tours de force pour respecter la norme. Tout d’abord, certains équipements « naturels » des machines ont pour effet de les alourdir: le SRM cité plus haut, mais aussi le groupe électrique (Schimano Di2, et sa batterie bien sûr).

Ensuite, on peut monter un guidon en alu, plus lourd que les potences et cintres en carbone ! La selle pourra, en outre, être plus massive (plus confortable il est vrai aussi) et installée sur un chariot métallique. Parfois, la guidoline est doublée sur le guidon.

Mais lorsque cela ne suffit pas, la solution est le lest. Et oui, il apparaîtrait qu’il y a dans certains vélos un peu de plomb coulé dans les cintres, et/ou des cales dans la tige de selle !

Attention, la réglementation est respectée, d’autant qu’on peut partir du principe – en tout cas je l’espère fortement, pour des raisons de sécurité – que les vélos satisfont tous aux normes industrielles en vigueur, notamment en Europe. Je pense particulièrement à la norme europénne EN 14781. Mais cette façon d’alourdir les machines de course est tout de même curieuse.

Les vélos du marché

En contrepoint des évolutions actuelles concernant les vélos de l’élite sportive, il n’est pas inintéressant de regarder la production proposée aux pratiquants que nous sommes.

Honneur aux dames pour commencer. L’offre 2011 spécifique dames, tant cyclosportives que cyclotouristes, varie (en fonction des recherches que j’ai effectuées) de 10.4 kg pour un BULLS en aluminium à 6.7 kg pour un TREK Madone en carbone, équipé en Sram Force. Bien sûr les prix suivent – sans être en parfaite adéquation avec le poids, toutefois – pour s’étaler de 649 € à 5 595 €.

S’agissant des vélos de course en général (car des pratiquantes dames roulent sur des vélos qui s »adressent a priori plus spécialement aux hommes), l’éventail de poids va de 10.8 kg pour un GT alu, fourche cabone Shimano Sora à 6.04 kg (!) pour un FELT carbone Shimano Dura-Ace Di2, et celui des tarifs de 500 € à 12 499 €.

Comme on le constate, le problème des 6.8 kg ne touche pas que les coureurs professionnels. Mais reconnaissons que dans l’immense majorité des cas, les vélos proposés à la vente pèsent tous plus que le poids minimum imposé.

La course au vélo le plus léger du monde

En marge des règles qui s’appliquent en compétition, les projets pour fabriquer le vélo le plus léger possible fleurissent à travers le monde. Une recherche rapide sur le web m’a permis de prendre connaissance de 4 vélos exceptionnels, ne serait-ce que par leur poids hors norme, c’est le cas de le dire.

Mais avant de vous les présenter brièvement, je n’hésite pas au plaisir de citer un vélo en bois de marque RENOVO, non encore (?) commercialisé. Il est construit précisèment en bois lamelé de bambou creux. Il est annoncé à un poids de 7.5 à 9 kg. Vous pouvez lire le témoignage de pros sur le site www.mygraal-innovation.com/Nouvel-article

Velo RENOVO en bois (source: mygraal-innovation)

Les 4 vélos ultra légers trouvés sont, dans un ordre décroissant de poids/

– un CANNONDALE Super Six Ultimate, à 5.6 kg. http://stoppeur04.centerblog.net/2953391-le-velo-le-plus-leger-5-6-kg

– le projet 3.7 de CANYON, à 3.751 kg. On note par exemple que le cadre pèse 818 grammes et les roues 823 grammes. www.canyon.com/_fr/technologie/projet37.html

– un prototype sur la base d’un cadre titane LITESPEED, cassette en carbone. http://velo-passion.shyrock.com/343023715-Le-velo-le-plus-leger-au-monde.html

– le Spin Light Bike, à 2.85 kg. http://ablogm.com/velorution14/2011/02/25/le-velo-le-plus-leger-au-monde/

Le Spin Light Bike, vélo ultra-léger (source: velorution14)

Conclusion

Au terme de ce petit panorama concernant le poids des vélos, on peut estimer, s’agissant des machines haut de gamme, que la réglementation actuelle n’est plus satisfaisante. Certes, tout le monde s’arrange pour respecter la limite de 6.8 kg. Mais les solutions mises en oeuvre interpellent. Le credo du « courir sur un pied d’égalité » mis en avant par l’UCI a son mérite, mais les questions de sécurité devraient à mon avis primer. En effet, les technologies d’aujourd’hui permettent d’abaisser considérablement le poids des éléments constitutifs du vélo de course. Mais qu’en est-il de leur résistance ? Un vélo est malmené par un usage intensif, les montées de cols en danseuse, les sprints rageurs, mais aussi sur des routes pas toujours au top, sous la pluie ou pendant l’hiver. Par ailleurs, comment vont se comporter le cadre, la fourche, le cintre, les roues, les freins, etc… en cas de choc ou, plus grave, de chute ?

En tant que pratiquant, et tout en appréciant de rouler sur du matériel léger et performant, je suis sensible aux questions de sécurité. Aussi, j’ose espérer que la chasse aux grammes ne se fait pas au détriment de notre sécurité.

Dernière info: un vélo en carton ! C’est la réalisation 2012 d’un ingénieur israélien, Izhar Gafni. Mais son poids n’a pas été communiqué. 

 

 

 

 

 

 

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